DPE, la réforme de 2027 promet de sortir 850 000 passoires sans un seul chantier

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Propriétaire français tenant un diagnostic de performance énergétique devant un immeuble ancien, illustrant la réforme du DPE 2027 qui reclassera des passoires thermiques sans travaux
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Publié au Journal officiel du 13 août 2026, l’arrêté qui transpose la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments modifiera les règles du DPE dès le 1er janvier 2027. Tous les propriétaires, bailleurs et acheteurs sont concernés en France, où près de 4 millions de diagnostics pèsent désormais sur la valeur et la location d’un bien. Le texte vise à harmoniser les règles à l’échelle européenne tout en desserrant l’étau sur les petits logements électriques, au risque d’ajouter de la confusion.


À retenir

  • Depuis 2021, le Diagnostic de performance énergétique est opposable. Une erreur peut annuler une vente ou entraîner une baisse de loyer.
  • L’arrêté du 11 juin 2026, publié le 13 août 2026 et applicable au 1er janvier 2027, transpose la directive UE 2024/1275, l’EPBD révisée.
  • La nouvelle classe A0 distingue les bâtiments à zéro émission, sans émissions sur site et à très faible consommation.
  • Près de 4 millions de DPE sont réalisés chaque année. Le seul changement du coefficient électrique ferait sortir 850 000 logements des classes F et G, tandis que 140 000 petits logements de moins de 40 m² ont déjà été reclassés depuis juillet 2024.
  • Le facteur de conversion de l’électricité passe de 2,3 à 1,9 au 1er janvier 2026, puis à 1,7 en 2027.
  • Le DPE intégrera l’inertie, les protections solaires et le besoin de climatisation. Les « bouilloires thermiques » entrent dans le calcul.
  • Les logements G ne peuvent plus être loués depuis le 1er janvier 2025. Les F suivront en 2028, puis les E en 2034.
  • Une attestation gratuite sur l’Observatoire DPE-Audit de l’ADEME actualise l’étiquette sans nouveau diagnostic.

Un thermomètre devenu baromètre juridique

Le DPE devait être une simple boussole. Il est devenu un document qui peut bloquer une location ou peser sur une vente.

La réforme européenne s’applique au 1er janvier

L’arrêté du 11 juin 2026, publié au Journal officiel du 13 août, transpose en droit français la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments, dite EPBD révisée (UE 2024/1275). Applicable dès le 1er janvier 2027, il refond la présentation du diagnostic.

Deux nouveautés changent les règles : la création d’une classe A0 pour valoriser les bâtiments à zéro émission, et l’obligation d’afficher la durée de vie résiduelle des équipements de chauffage et de climatisation, ainsi que leur interopérabilité avec les réseaux électriques intelligents.

Le DPE ne se contente plus de noter la consommation. Il indiquera aussi la durée de vie estimée de votre chaudière et la part d’énergies renouvelables. L’acheteur saura ainsi quand il devra probablement remplacer sa pompe à chaleur. Cette transposition, consultable sur Légifrance, vise à harmoniser les méthodes de calcul à l’échelle européenne.

Quatre millions d’étiquettes qui pèsent sur le marché

Près de 4 millions de DPE sont réalisés chaque année en France, selon le ministère de la Transition écologique. C’est la référence qui pèse sur le prix de vente et le loyer.

Depuis son passage en version opposable en 2021, le diagnostic a une portée juridique. C’est un peu comme un contrôle technique qui engagerait la responsabilité du garagiste pendant six ans. Chaque changement de méthode ouvre donc une brèche contentieuse.

Les diagnostiqueurs sont mis en cause en cas d’erreur d’étiquette, et les propriétaires voient leur bien se dévaloriser d’une lettre. La valse des décrets brouille toute projection patrimoniale à dix ans.

Chaque réforme fait trembler les ventes

L’instabilité est structurelle. Le moteur de calcul 3CL-DPE, pour Calcul de la consommation conventionnelle des logements, est révisé tous les douze à dix-huit mois.

Un logement classé F en 2023 peut devenir D en 2027 sans travaux. À l’inverse, un logement bien isolé pour l’hiver peut être dégradé demain à cause du confort d’été. Comment investir 30 000 euros dans une rénovation quand la règle du jeu change avant la fin du chantier ?

Des calculs qui gomment les passoires sans toucher un mur

Pour éviter une pénurie locative, l’État a choisi de corriger la formule plutôt que le bâti.

Vue plongeante sur un bureau avec plans d’immeuble, calculatrice, ordinateur et factures d’énergie floutées, où un propriétaire vérifie l’impact des nouveaux calculs du DPE
Les changements de coefficients et de formules du DPE peuvent faire sortir un logement du statut de passoire énergétique sans aucune amélioration physique du bâti.

L’électricité vaut moins cher sur le papier

Le cœur de ce bricolage est le facteur de conversion de l’énergie finale en énergie primaire. Jusqu’ici, 1 kWh d’électricité consommé à la prise comptait pour 2,3 kWh d’énergie primaire. Un coefficient qui pénalisait lourdement le chauffage électrique.

L’arrêté du 19 août 2026 l’abaisse à 1,9 au 1er janvier 2026, puis à 1,7 au 1er janvier 2027. Concrètement, le même radiateur électrique consomme toujours autant, mais sa note s’améliore. C’est comme changer le thermomètre pour faire baisser la fièvre.

Résultat chiffré : environ 850 000 logements sortiront du statut de passoire énergétique, classes F et G, par ce seul changement de coefficient, selon le ministère de l’Économie. Sans un euro de travaux, sans un gramme de CO2 économisé.

Les petits logements reclassés par une formule

Le correctif le plus emblématique concerne la surface de référence, la Sref. C’est la surface prise en compte pour calculer la consommation au mètre carré.

Le DPE divisait la consommation d’eau chaude sanitaire, quasi fixe quel que soit le logement, par une petite surface. Cela faisait exploser la note des studios. Depuis le 1er juillet 2024, une nouvelle Sref corrige ce biais.

Selon le ministère de la Transition écologique, 140 000 logements de moins de 40 m² sont sortis des étiquettes F et G. Une bouffée d’air pour les bailleurs des centres-villes, où ces petites surfaces représentent l’essentiel de l’offre locative.

Une note qui s’améliore, pas la facture

Le fossé se creuse entre la lettre administrative et la réalité physique. Le logement n’est pas mieux isolé. Les déperditions par les murs et la toiture restent identiques.

Par exemple, un 25 m² chauffé par des convecteurs grill-pain des années 1990 passera de G à E. Sa facture annuelle ne bougera pas. Le locataire paiera toujours le même prix pour se chauffer.

La requalification rassure le propriétaire, sans aider l’occupant. Elle évite l’interdiction de louer, pas la précarité énergétique.

La canicule s’invite dans l’équation

Longtemps obsédé par le froid, le DPE doit désormais affronter la chaleur.

De la passoire à la bouilloire : le nouveau péril estival

Le secteur résidentiel pèse près de 29 % de la consommation d’énergie finale et 15 % des émissions de gaz à effet de serre en France, selon la Fondation iFRAP. Une part croissante de cette énergie sert désormais au rafraîchissement.

Avec la répétition des canicules, les pouvoirs publics ont forgé un nouveau concept : la « bouilloire thermique ». C’est l’inverse de la passoire. Un logement sous combles, mal ventilé, sans volets ni protections solaires, qui devient invivable dès juin.

La nouvelle mouture du DPE, poussée par la directive européenne, intègre l’inertie du bâti, l’efficacité des occultations, la ventilation nocturne et même la consommation théorique du climatiseur. Le logement sera aussi évalué sur sa capacité à rester frais sans climatisation.

Climatiser sans se griller : le dilemme du confort d’été

L’équation est piégeuse. Bien isoler pour l’hiver peut enfermer la chaleur l’été. Ajouter une climatisation améliore le confort mais dégrade la consommation.

Le moteur 3CL devra arbitrer entre deux priorités : valoriser une pompe à chaleur (PAC) réversible, qui chauffe l’hiver et rafraîchit l’été, ou privilégier la sobriété avec des solutions passives comme les brise-soleil et la sur-ventilation.

Le DPE cherche un équilibre entre deux exigences contradictoires : consommer moins et rester vivable à 40 °C.

Copropriétés face au casse-tête des pompes à chaleur

Sur le terrain, l’installation d’une PAC ou d’une climatisation se heurte au réel. En copropriété, poser une unité extérieure en façade exige un vote en assemblée générale, une autorisation d’urbanisme et parfois l’aval des Architectes des Bâtiments de France.

La solution technique la mieux notée sur le papier peut donc être impossible à mettre en œuvre. Ces contraintes rendent le diagnostic encore plus anxiogène pour un propriétaire qui ne maîtrise ni la météo ni le règlement de copropriété.

Un calendrier intenable pour les bailleurs

Les interdictions de louer avancent, mais les règles pour y échapper ne cessent de bouger.

Petit bailleur assis dans un appartement français devant une table couverte de devis de rénovation et de diagnostics, avec un calendrier flou au mur
Entre les interdictions de louer et les règles du DPE qui évoluent sans cesse, les bailleurs peinent à planifier leurs travaux dans un calendrier déjà intenable.

2025, 2028, 2034 : le compte à rebours a commencé

Le calendrier de la loi Climat et Résilience du 22 août 2021 est implacable. Les logements classés G sont interdits à la location depuis le 1er janvier 2025. Les F le seront au 1er janvier 2028, puis les E au 1er janvier 2034.

L’offre locative baisse déjà. Elle a reculé de 6 % sur un an et jusqu’à 14 % sur deux ans dans les zones tendues, selon le Journal de l’Agence. Chaque retrait de passoire aggrave la pénurie.

Planifier une rénovation globale à 40 000 euros devient hasardeux quand l’étiquette qui déclenche l’interdiction peut changer dans six mois.

Diagnostiqueurs sur la sellette, propriétaires dans l’attente

Cette incertitude paralyse les décisions. L’Agence nationale pour l’information sur le logement (ANIL) constate un ralentissement notable des votes de plans pluriannuels de travaux (PPPT) en copropriété.

Les copropriétaires préfèrent attendre le prochain coefficient plutôt que de voter un ravalement avec isolation par l’extérieur. Les artisans RGE, pour Reconnu garant de l’environnement, voient leurs carnets de commandes se remplir par à-coups.

L’opposabilité juridique expose les diagnostiqueurs à un risque maximal. Une lettre d’écart peut valoir un procès pour vice caché ou une demande de baisse de loyer.

L’attestation qui sauve l’étiquette sans visite

Pour désamorcer la bombe, l’État a sorti une rustine numérique. Les propriétaires peuvent télécharger gratuitement une attestation d’actualisation d’étiquette sur l’Observatoire DPE-Audit de l’ADEME, sans nouvelle visite.

Cet outil évite de repayer 150 à 250 euros de diagnostic. Il suffit d’entrer son numéro de DPE pour obtenir la nouvelle lettre recalculée avec les coefficients 2026-2027. L’attestation est disponible sur la plateforme officielle de l’ADEME.

Le procédé fragilise pourtant la crédibilité du système. L’étiquette est corrigée depuis un serveur, pas depuis le logement. Tant que les coefficients évolueront plus vite que les chantiers et que les aides resteront incertaines, le DPE continuera de semer le doute chez les propriétaires comme chez les locataires.