Sécurité électrique, plus de quatre logements sur cinq en danger

Sécurité électrique, plus de quatre logements sur cinq en danger
Résumer cet article avec :

Le baromètre ONSE 2025 montre que plus de quatre logements sur cinq présentent une anomalie électrique, un constat qui alarme les acteurs du bâtiment et les assureurs. Cette situation se traduit chaque année par plus de 3 000 urgences pour électrisation, 34 décès et près de 238 000 sinistres déclarés. Face à ces chiffres, le secteur de la rénovation est appelé à placer la sécurité électrique au cœur de ses priorités.


À retenir

  • 82,6 % des installations électriques de plus de 15 ans sont anormales (analyse de 400 000 diagnostics obligatoires).
  • Environ 3 000 urgences pour électrisation sont enregistrées chaque année en France.
  • Les incendies d’habitation d’origine électrique représentent 20 à 35 % des sinistres liés au logement.
  • Les nouvelles exigences (pompes à chaleur, bornes de recharge, objets connectés) aggravent la vétusté du réseau.
  • La rénovation énergétique doit intégrer la mise à jour des installations pour garantir un habitat sûr.

État alarmant de la sécurité électrique dans le parc immobilier français

Les données du baromètre ONSE 2025 confirment une stagnation inquiétante de la sécurité électrique dans les habitations françaises.

Un constat de stagnation préoccupante

Le baromètre indique que 82,6 % des installations électriques de plus de quinze ans comportent au moins une anomalie. Ce chiffre provient de l’analyse de 400 000 diagnostics électriques obligatoires réalisés dans des logements construits avant 2009. La proportion est quasi identique à celle de l’édition précédente, ce qui montre une absence d’amélioration significative. Les résultats sont homogènes sur l’ensemble du territoire, avec des variations régionales comprises entre 78 % et 87 %.

Les indicateurs d’accidents et de sinistres

Chaque année, environ 3 000 personnes sont admises aux urgences pour électrisation accidentelle. En 2022, les autorités ont recensé 34 décès accidentels par électrocution, un nombre stable depuis 2010. Les assurances ont déclaré près de 238 000 dommages électriques la même année, dont une partie importante a conduit à des incendies. Les sinistres d’origine électrique ont engendré 153 100 déclarations, déclenchant 64 850 interventions des sapeurs-pompiers. Ces chiffres illustrent le lourd coût humain et matériel de la défaillance électrique.

Impact sur le parc immobilier ancien

Les anomalies diminuent avec la jeunesse du logement ou lorsqu’une rénovation récente a été effectuée, mais la majorité des habitations anciennes restent à risque. La vétusté du réseau électrique compromet la sécurité des occupants et augmente la probabilité de sinistres majeurs. Dans un contexte de transition énergétique, ces installations sont mal préparées à supporter les nouveaux usages tels que les pompes à chaleur ou les bornes de recharge pour véhicules électriques.

Causes et nature des anomalies électriques détectées

Les diagnostics mettent en évidence des défauts structurels aggravés par l’évolution des besoins domestiques.

Inadéquation aux nouveaux usages

Les foyers intègrent aujourd’hui des pompes à chaleur, des bornes de recharge et des appareils connectés qui sollicitent fortement les réseaux existants. Les installations anciennes, conçues pour de faibles charges, ne supportent plus ces exigences. Cette inadéquation génère des surchauffes et des courts‑circuits, sources potentielles d’incendie. L’absence de mise à jour des protections contre les surintensités accentue le risque.

Typologie des défauts les plus courants

Les diagnostiqueurs recensent plusieurs anomalies récurrentes : absence de mise à la terre, matériel vétuste, contacts accidentels avec des parties sous tension, défauts de protection dans les pièces d’eau et non‑conformités des dispositifs de coupure. Chaque défaut expose directement les occupants à une électrisation ou à un incendie. La combinaison de plusieurs défauts dans un même logement augmente la gravité du danger.

Risques associés à la vétusté

Les installations vieillissantes sont plus susceptibles de développer des défauts invisibles, comme des fissures dans les isolants ou des connexions lâches. Ces phénomènes peuvent déclencher des arcs électriques, source d’incendie. La vétusté s’accompagne également d’une perte d’efficacité énergétique, ce qui contrecarre les objectifs de la rénovation énergétique. Ainsi, la sécurité, le confort et l’économie d’énergie sont étroitement liés.

Mobilisation générale pour la sécurité électrique

Les experts appellent à une prise de responsabilité partagée pour réduire les risques liés aux installations électriques.

Sécurité électrique, priorité de la rénovation

Florence Delettre, Directrice Générale de Promotelec, insiste sur le fait que la sécurité électrique doit être intégrée à chaque projet de rénovation. « Le baromètre ONSE 2025 est un appel à la responsabilité collective », souligne‑t‑elle. Elle rappelle que la performance énergétique ne peut être atteinte sans une installation fiable. L’habitat de demain, électrique, durable et connecté, dépend de la qualité du réseau domestique.

Rôle des acteurs et responsabilité collective

Les professionnels de l’électricité, les assureurs, les collectivités locales et les organismes de formation doivent collaborer pour garantir des contrôles réguliers. Les pouvoirs publics sont invités à renforcer les exigences de conformité dans les programmes de subvention à la rénovation. Les assureurs peuvent inciter leurs assurés à réaliser des diagnostics en offrant des primes réduites aux logements certifiés sûrs. Cette approche croisée vise à créer un écosystème où chaque partie contribue à la prévention.

Pistes d’action pour un habitat sûr et durable

Parmi les mesures proposées, on retrouve la mise en place de contrôles périodiques obligatoires pour les installations de plus de quinze ans, la formation continue des électriciens aux nouveaux usages, et la sensibilisation des occupants aux risques électriques. Les dispositifs d’aide à la rénovation doivent inclure des critères de mise à jour du réseau, notamment la pose de dispositifs de mise à la terre et de disjoncteurs différentiels. Enfin, un recensement ciblé des zones à risque permettrait d’allouer les ressources publiques de façon plus efficace.

L’Observatoire national de la sécurité électrique : trente ans d’expertise au service de la prévention

Créé en 1995, l’ONSE a consolidé son rôle de référence dans le suivi de la sécurité des installations électriques.

Historique et missions de l’ONSE

L’Observatoire national de la sécurité électrique (ONSE) a été fondé en novembre 1995 par l’Association Promotelec et le Consuel, avec le soutien du FASE depuis 2010. Sa mission principale est de collecter et d’analyser les données relatives aux incidents électriques, afin d’alimenter la réglementation et de sensibiliser les usagers. L’ONSE regroupe une quarantaine d’instances et plus de cinquante experts, incluant la DHUP, les sapeurs‑pompiers, les assureurs et des laboratoires de recherche.

Le rôle central de Promotelec

Créée en 1962, Promotelec agit pour la promotion de la qualité des installations, en mettant l’accent sur la sécurité, le confort, les économies d’énergie et les nouveaux usages. Elle collabore étroitement avec l’ONSE pour diffuser les résultats du baromètre et proposer des actions concrètes. La synergie entre ces deux organisations renforce la visibilité des enjeux et facilite l’adoption de bonnes pratiques par les professionnels.

Alerte aux démarchages frauduleux

L’ONSE met en garde contre les faux avis de mise en conformité qui circulent auprès des propriétaires. Elle rappelle qu’elle ne réalise aucune prospection commerciale et ne mandate aucun intervenant pour les mises à jour des installations. Cette vigilance vise à protéger les occupants des arnaques et à garantir que les travaux soient effectués par des professionnels certifiés.