Le 4 décembre, le ministre des Finances Roland Lescure a annoncé sur Bluesky que l’obligation d’installer un thermostat programmable ou connecté dans les logements existants serait repoussée à 2030. La mesure, qui devait permettre une baisse de 15 % du chauffage, devait initialement entrer en vigueur le 1er janvier 2027. En trois ans, les ménages et les bâtiments tertiaires renoncent à une marge de manœuvre précieuse pour contenir leurs factures d’énergie domestique.
À retenir
- Report de l’obligation : 1 janvier 2027 → 2030
- Coût total estimé : 210 €–550 € (matériel + installation)
- Économie potentielle : 15 % de réduction de la consommation de chauffage
- Portée : 27 millions de foyers français
- Controverse politique marquée : opposition RN & LR dénoncent la charge pour les propriétaires
La décision du ministre, prise après une consultation publique lancée le 13 novembre, traduit un compromis entre objectifs de sobriété énergétique et contraintes financières. Alors que la France tente de tenir le cap en matière de performance thermique, les coûts initiaux, estimés entre 60 et 250 € pour le thermostat et 150 à 300 € pour l’installation, sont perçus par une partie des propriétaires comme un fardeau supplémentaire. Des élus de droite comme de gauche interrogent désormais la cohérence de la politique nationale avec les directives européennes et avec l’urgence d’améliorer l’efficacité énergétique des logements.
Les raisons du report
Le report ne répond pas à une crise immédiate, mais à une stratégie d’assouplissement du calendrier. Le ministre a expliqué que la date serait décalée « pour laisser plus de souplesse aux ménages et aux professionnels ». Cette décision, arrêtée « il y a près d’un mois », intervient après la suppression fin 2024 du « coup de pouce financier » de l’État, retiré en raison de risques de fraude identifiés dans le cadre du plan de sobriété.

Contexte réglementaire
Le décret du 7 juin 2023, transposant une directive européenne, imposait la mise en place de systèmes d’automatisation et de contrôle (BACS) ainsi que de thermostats programmables dans les bâtiments résidentiels et tertiaires. Le dispositif devait garantir la possibilité de programmer des plages horaires de chauffage, sans imposer un modèle unique, afin de préserver la liberté de choix technologique des occupants et des bailleurs.
Impact de la directive européenne
Le plan de sobriété a pour objectif d’améliorer le pouvoir d’achat des Français en réduisant la consommation de chauffage, particulièrement dans un contexte de prix élevés de l’énergie. Une étude interne estime que chaque foyer pourrait réaliser environ 15 % d’économie annuelle sur sa facture de chauffage, soit plus de 1 000 € en France métropolitaine sur trois ans. Ce gain potentiel reste pour l’instant théorique pour les ménages concernés par le report.
Répercussions financières pour les ménages
Le coût total de l’équipement et de l’installation se situe entre 210 € et 550 €. Cette fourchette, largement mise en avant par l’opposition, alimente un débat sur la rentabilité du dispositif et sur la capacité des ménages modestes à absorber une telle dépense sans aide publique.

Coût matériel et installation
Les prix varient fortement selon le type de thermostat : environ 60 € pour un modèle basique, jusqu’à 250 € pour un thermostat connecté plus élaboré. À cela s’ajoute l’intervention d’un professionnel, le plus souvent un électricien, facturée entre 150 € et 300 € selon la configuration du logement et la complexité du câblage existant.
Tableau récapitulatif des coûts
| Élément | Coût minimal | Coût maximal |
|---|---|---|
| Matériel thermostat | 60 € | 250 € |
| Installation | 150 € | 300 € |
| Total | 210 € | 550 € |
Réponse des propriétaires
Selon Marine Le Pen, la « charge énorme » que représenterait ce dispositif pour les propriétaires ne justifie pas une telle obligation, alors que les prix de l’énergie restent orientés à la hausse. Elle dénonce une accumulation de coûts et de contraintes sur les bailleurs et les accédants à la propriété, et réclame un dispositif d’aides ciblées aux ménages plutôt qu’une obligation généralisée.
Polémique et réponses politiques
La décision a aussitôt déclenché des réactions vives au Parlement. Le président du Sénat, Gérard Larcher, avait déjà réclamé un report, tandis que la droite sénatoriale dénonce une « bureaucratie sans limites ». La chronique de François Lenglet sur RTL a renforcé la controverse, en soulignant le manque de soutien financier concret pour accompagner la transition.
Réactions de l’opposition
« L’imagination sans limite des bureaucrates n’est pas une solution »
Bruno Retailleau, président de LR
Les critiques mettent en évidence la tension entre ambitions climatiques nationales et réalité du portefeuille des ménages, sur fond de taxes et de prix énergétiques jugés déjà trop élevés. À gauche, certains élus craignent qu’un report trop long ne retarde des économies structurelles d’énergie, pourtant nécessaires pour atteindre les objectifs européens.
Justifications gouvernementales
Le ministère assure que ce décalage ne remet pas en cause l’objectif final d’un « pilotage connecté du chauffage pièce par pièce ». Selon Roland Lescure, les ménages disposeront d’un délai supplémentaire pour s’équiper, sans que la mesure ne perde en pertinence. Le gouvernement mise sur la baisse progressive des prix des équipements et sur l’innovation pour rendre l’investissement plus accessible d’ici 2030.
Consultation publique et transparence
La consultation ouverte pendant un mois a recueilli des avis contrastés, entre défenseurs d’une obligation rapide au nom de la sobriété et partisans d’un accompagnement financier plus solide. Faute de dispositif d’aide pérenne, l’adhésion est restée limitée, en particulier chez les petits propriétaires. La nouvelle échéance de 2030 laisse aux acteurs de l’habitat, aux installateurs et aux collectivités quelques années pour construire des solutions intermédiaires et éviter un nouveau bras de fer à l’approche de l’obligation.









