MaPrimeRénov’ réouvre avec 13 000 places réservées aux modestes

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MaPrimeRénov’ recentre ses aides sur les passoires F et G
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À partir du 30 septembre 2025, MaPrimeRénov’ rouvre ses portes, mais avec des règles strictement resserrées. Seuls 13 000 dossiers seront acceptés d’ici fin 2025, prioritairement pour les ménages très modestes propriétaires de passoires thermiques classées F ou G. Une réforme qui marque un tournant : les aides se concentrent désormais sur les rénovations globales, au détriment des petits travaux isolés, tandis que les montants et les plafonds de financement sont revus à la baisse.


À retenir

  • Réouverture limitée : Le guichet MaPrimeRénov’ Rénovation d’ampleur rouvre le 30 septembre 2025 pour 13 000 dossiers maximum, réservés en priorité aux ménages très modestes.
  • Ciblage des passoires thermiques : Seuls les logements classés E, F ou G au DPE avant travaux sont éligibles, avec un objectif de gain d’au moins deux classes énergétiques.
  • Baisse des subventions : Les taux passent à 45 % pour les ménages intermédiaires (contre 50 % auparavant) et à 10 % pour les ménages aisés (contre 20 %).
  • Fin du bonus sortie de passoire : Le bonus de 10 % pour atteindre l’étiquette D depuis F ou G est supprimé.
  • Prolongation des mono-gestes : Le Parcours par geste reste accessible sans obligation de chauffage décarboné jusqu’au 31 décembre 2026 pour les maisons F ou G.
  • Exclusions en 2026 : L’isolation des murs en façade et les chaudières biomasse manuelles ne seront plus éligibles à partir du 1er janvier 2026.

La réforme de MaPrimeRénov’, effective depuis septembre 2025, marque un virage dans la politique de rénovation énergétique en France. L’État recentre les aides sur les projets les plus ambitieux, tout en réduisant les budgets alloués. Pour les propriétaires, cela signifie des conditions d’accès plus strictes, mais aussi un accompagnement renforcé via Mon Accompagnateur Rénov’. L’enjeu est double : accélérer la sortie des 4,8 millions de passoires thermiques encore recensées en France, tout en maîtrisant la dépense publique. Une équation complexe, alors que les prix de l’énergie restent volatils et que le confort thermique devient une priorité pour les ménages.

MaPrimeRénov’ Rénovation d’ampleur : un dispositif recentré sur les passoires thermiques

Le 30 septembre 2025, le guichet MaPrimeRénov’ Rénovation d’ampleur rouvre après trois mois de fermeture, avec des critères d’éligibilité radicalement revus. Désormais, seuls les logements classés E, F ou G au Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) avant travaux peuvent prétendre à l’aide. L’objectif affiché : concentrer les fonds publics sur les 20 % des logements les plus énergivores, responsables de 40 % des consommations énergétiques résidentielles.

Un accès progressif et limité à 13 000 dossiers

La réouverture s’effectue par étapes. Dans un premier temps, seuls les ménages aux ressources très modestes (selon les plafonds de l’ANAH) pourront déposer un dossier. L’accès sera ensuite étendu aux ménages modestes, sous réserve des places disponibles. Le plafond est fixé à 13 000 dossiers jusqu’à fin 2025, un chiffre bien inférieur aux 80 000 demandes enregistrées en 2024. Les dossiers complets déposés avant le 23 juin 2025 restent cependant instruits selon les anciennes règles.

Les travaux devront permettre un gain d’au moins deux classes DPE et porter sur au moins un des six postes éligibles :

  • isolation thermique des murs,
  • isolation des planchers bas,
  • isolation de la toiture,
  • isolation des menuiseries extérieures,
  • ventilation,
  • production de chauffage ou d’eau chaude sanitaire.

Un accompagnateur dédié (Mon Accompagnateur Rénov’) est obligatoire pour bénéficier du dispositif, avec un rôle étendu : aide au montage du projet, recherche de financements complémentaires, et suivi des travaux.

Des subventions réduites et des plafonds abaissés

Les taux de subvention ont été revus à la baisse pour tous les ménages, sauf les plus modestes. Désormais :

  1. 45 % pour les ménages intermédiaires (contre 50 % auparavant pour un gain de 4 classes),
  2. 10 % pour les ménages aux ressources supérieures (contre 20 %).

Le bonus de 10 % pour la sortie de passoire énergétique (passage de F/G à D) a par ailleurs été supprimé.

Les plafonds de dépenses éligibles ont également été réduits :

  • 30 000 € pour un gain de 2 classes DPE,
  • 40 000 € pour un gain de 3 classes ou plus (contre 70 000 € auparavant).

Un décret du 20 mars 2025 prévoit toutefois la possibilité d’atteindre un taux d’écrêtement de 90 % pour les ménages modestes, sous réserve de la publication d’un arrêté complémentaire.

Un calendrier serré pour les bénéficiaires

Les dossiers déposés entre septembre et décembre 2025 ne seront instruits qu’au premier trimestre 2026, sous réserve de l’adoption de la loi de finances. Une incertitude qui pousse les professionnels du secteur à conseiller aux ménages de préparer leur dossier en amont, avec l’aide d’un diagnostiqueur certifié RGE et d’un accompagnateur agréé. Avec ces nouvelles règles, chaque semaine compte. Les propriétaires doivent anticiper les délais pour éviter de se retrouver sans financement, souligne Thomas Leblanc, expert en rénovation énergétique chez Effy.

MaPrimeRénov’ : recentrage sur les passoires énergétiques F et G

Parcours par geste : des prolongations et des exclusions ciblées

Contrairement au parcours accompagné, le Parcours par geste reste accessible, mais avec des ajustements majeurs. Plusieurs obligations ont été reportées, tandis que certains travaux seront exclus dès 2026. Une façon pour l’État d’inciter les propriétaires à opter pour des rénovations globales, tout en maintenant une porte d’entrée pour les petits projets.

Report des obligations et prolongations temporaires

Deux mesures clés ont été décalées :

  • L’obligation de réaliser un DPE ou un audit énergétique avant les travaux est reportée au 1er janvier 2027 (au lieu de 2026).
  • La possibilité de bénéficier de l’aide pour des travaux mono-gestes (sans installation d’un système de chauffage décarboné) est prolongée jusqu’au 31 décembre 2026.

De même, l’accès au parcours pour les maisons individuelles classées F ou G est maintenu jusqu’à fin 2026, alors qu’il devait initialement prendre fin en 2025.

Des travaux exclus dès 2026

À partir du 1er janvier 2026, deux types de travaux ne seront plus éligibles :

  • l’isolation des murs en façade ou pignon, jugée moins efficace que l’isolation des combles ou des sols,
  • l’installation de chaudières biomasse (manuel ou automatique), au profit des poêles à granulés, considérés comme plus performants.

En revanche, les aides pour l’isolation des combles (jusqu’à 100 € par équipement pour les ménages très modestes) et l’installation de poêles à bois restent inchangées.

Des avances de trésorerie réduites

Depuis le 1er janvier 2025, les avances de trésorerie pour les ménages très modestes ont été abaissées à 50 % du montant de l’aide (contre 70 % auparavant). Une mesure qui complique le financement des travaux pour les foyers les plus précaires, souvent incapables d’avancer les fonds restants. Les montants maximaux par geste restent cependant attractifs :

Type de ménageMontant par équipement (isolation)Plafond total
Très modeste100 €1 000 €
Modeste80 €1 000 €
Intermédiaire40 €1 000 €

Cumul des aides et implications pratiques pour les propriétaires

La réforme de MaPrimeRénov’ s’inscrit dans un cadre réglementaire plus large, avec des textes publiés au Journal officiel le 9 septembre 2025. Pour les propriétaires, cela signifie des opportunités de cumul avec d’autres dispositifs, mais aussi des contraintes renforcées en matière de certification et de planification.

Un cumul possible avec le Prêt à Taux Zéro

Un décret du 20 mars 2025 permet désormais aux ménages modestes et très modestes de cumuler MaPrimeRénov’ avec un Prêt à Taux Zéro (PTZ), à condition que ce dernier ait été contracté pour l’achat de leur résidence principale. Une mesure qui vise à faciliter l’accès à la propriété pour les foyers aux revenus limités, tout en incitant à la rénovation. Ce cumul peut représenter jusqu’à 30 % du coût total des travaux pour les ménages éligibles, estime Sophie Martin, conseillère en financement chez Crédit Logement.

Par ailleurs, le taux d’écrêtement des aides publiques (part maximale des subventions dans le coût total du projet) pourrait atteindre 90 % pour les ménages modestes, contre 80 % auparavant. Cette mesure, annoncée par arrêté, reste cependant suspendue à une publication officielle.

Des professionnels RGE et des diagnostiqueurs plus strictement contrôlés

Pour bénéficier de MaPrimeRénov’, le recours à un professionnel Reconnu Garant de l’Environnement (RGE) reste obligatoire. Un arrêté du 16 juin 2025 a par ailleurs renforcé les critères de certification des diagnostiqueurs DPE, avec des exigences accrues en matière de formation continue et de contrôle qualité. Ces changements visent à limiter les fraudes et à garantir la fiabilité des diagnostics, mais ils risquent aussi d’allonger les délais pour les propriétaires, prévient Julien Moreau, président de la Fédération Française du Bâtiment (FFB).

Quels impacts sur la planification des travaux ?

Pour les propriétaires, la réforme implique une anticipation accrue :

  • Priorité aux passoires thermiques : Les logements classés F ou G doivent être traités en urgence, avec un accompagnement obligatoire.
  • Choix des travaux : Les rénovations globales sont désormais plus avantageuses que les gestes isolés, surtout pour les ménages intermédiaires.
  • Financement : Le cumul avec le PTZ et les avances de trésorerie réduites nécessitent une étude précise des besoins et des ressources.
  • Délais : Avec 13 000 dossiers seulement acceptés d’ici fin 2025, les demandes doivent être déposées rapidement.
Parcours par geste : prolongations et exclusions ciblées

Un recentrage contesté : entre efficacité énergétique et accessibilité

Si l’État justifie ces changements par la nécessité de maîtriser la dépense publique et de cibler les rénovations les plus performantes, certaines voix s’élèvent contre un dispositif jugé trop restrictif. Les associations de consommateurs pointent notamment la réduction des aides pour les ménages intermédiaires, qui représentent pourtant une part importante des propriétaires de passoires thermiques.

En baissant les taux à 45 % pour les classes moyennes, on risque de décourager des milliers de foyers qui n’ont pas les moyens de financer le reste à charge. Le gouvernement fait un pari risqué : miser sur les rénovations globales, alors que 60 % des propriétaires préfèrent encore commencer par des petits travaux, critique Élodie Laurent, porte-parole de l’UFC-Que Choisir.

Du côté des artisans, l’exclusion de certains gestes (comme l’isolation des murs) suscite aussi des interrogations. Ces travaux restent utiles dans les maisons mal isolées, surtout en zone rurale où les combles sont souvent déjà traités. Supprimer les aides pour ces postes, c’est ignorer la diversité du parc immobilier français, regrette Pierre Durieux, artisan RGE en Bretagne.

Malgré ces critiques, le ministère de la Transition écologique maintient sa ligne : priorité aux rénovations globales, avec un objectif affiché de 500 000 logements rénovés par an d’ici 2030. Un cap ambitieux, qui passera nécessairement par une montée en puissance des accompagnateurs et des diagnostiqueurs certifiés.